J+107 ... Les folles de mai
 
Depuis maintenant plus de 20 ans, chaque jeudi, à 15h30, se déroule le même défilé sur la Plaza de Mayo, au coeur de la capitale argentine. Les mères de fils et filles disparus sous la dictature militaire, réunies en cortège, “tournent” autour du monument symbole de l’indépendance du pays, face au palais gouvernemental. On les surnomme les “folles de mai”. Leur manifestation se déroule en silence. Elles sont reconnaissables au foulard blanc qu’elles portent sur leur tête et arborent le portrait de leur enfant ou, plus rarement, de leur mari disparu.
 
Buenos Aires, Argentine
Les “folles de mai”
Défilé devant le palais du gouvernement
D’année en année, le défilé hebdomadaire réunit un nombre de plus en plus réduit de mères de disparus, en raison de leur âge avancé.
 
Cette semaine pourtant, le défilé a mobilisé de nombreuses organisations de porteños, les habitants de Buenos Aires, en raison d’une actualité bien particulière. Il y a une dizaine de jours, un vieil homme argentin d’origine albanaise a brusquement disparu. Jorge Julio Lopez a, très récemment, été témoin-clé dans le procès d’un tortionnaire de l’époque de la dictature, jugé coupable de crimes, de torture et de séquestration. La disparition de Jorge Julio Lopez résonne ici de manière particulière tant elle rappelle de mauvais souvenirs. Le gouverneur de la province de Buenos Aires a déclaré qu’il pourrait bien être le “premier disparu de la démocratie”.
 
On peut craindre pour la vie de cet homme, mais aussi pour les futurs procès de dignitaires et de responsables du régime dictatorial : la disparition de Jorge Julio Lopez ressemble à un avertissement adressé à d’autres survivants et victimes de la dictature pour les dissuader de témoigner.
La dictature argentine est contemporaine de celle du général Pinochet au Chili puisqu’elle a gouverné le pays de 1976 à 1983, date à laquelle l’Argentine a perdu la guerre des Malouines contre l’Angleterre. La majorité des 30 000 disparus au cours de cette période n’a jamais été retrouvée.