On se croirait dans le roman de Zola. Tout y est: la poussière, la chaleur, les gueules noires, l’air vicié, la communauté des mineurs. Mais à Potosi, pas de charbon, on est au 21ème siècle. L’histoire de cette ville, c’est l’histoire de la mine, celle du “Cerro Rico” - la colline riche en espagnol ou “Sumaj Orcko” - la plus belle montagne en Quechua. Cette montagne de forme conique, que les espagnols n’ont pas tardé à exploiter pour en extraire l’argent dès 1545, domine la ville.
Cette immense réserve de minerais d’argent a fait de Potosi la ville la plus riche du monde au 17ème siècle. Au point que l’on attribut à la manne financière rapportée en Espagne, puis circulant en Europe, la naissance du capitalisme. Toute cette richesse au prix de la vie de 6 millions d’indigènes esclaves et d’africains victimes du commerce triangulaire.
Aujourd’hui, la mine fonctionne toujours, bien que les rendements en soient bien amaigris. Les conditions de travail restent très difficiles. Les revenus des mineurs dépendent totalement des cours des métaux, fixés à la bourse de Londres. Outre l’argent, on trouve dans le Cerro Rico de l’étain, du cuivre, du zinc, du plomb. La mine appartient au domaine public. Elle fonctionne comme une coopérative, le partage des revenus entre exploitants en moins! Les mineurs de Potosi, constitués en petits groupe - souvent en famille - exploitent les filons et organisent l’extraction eux même. Chaque groupe se partage, selon le poste de chacun, les revenus issus de la vente des minerais, reversant une taxe de 3% à l’Etat. Un mineur gagne en moyenne entre 600 et 1000 bolivianos (60€ à 100 € environ) par mois. Lorsque le cours du minerais est au plus bas - ce qui fut le cas de l’étain en 1985, passé de 8 à 2 $ d’un coup - ses revenus chutent. En revanche, certains rares mineurs chanceux peuvent s’enrichir.
Véritable patrimoine industriel de la Bolivie, la mine se visite, en groupe et avec un guide. Ce dernier est souvent un ancien mineur, capable de comprendre et d’expliquer les moeurs de cette communauté. La visite débute au marché des mineurs où les touristes sont invités à acheter du matériel, qui leur sera offert au cours de la visite, comme de la dynamite. L’explosif est en vente libre exclusivement à Potosi. On y achète également les indispensables feuilles de coca. Mâchouillées et mélangées au bicarbonate de soude, elles forment une boule que les hommes stockent dans leur joue. La coca leur donne la force de travailler dans la mine, apaise la faim et la soif.
Dans les galeries, on croise les mineurs en plein travail. La rencontre avec les touristes est l’occasion d’une pause, on échange de la coca, on discute. La venue des touristes représente une rentrée d’argent puisque 15% des 80 bolivianos (8€) de la visite est reversé à la mine. Des adolescents de 14 ans poussent les wagons remplis de minerais. Officiellement, il est interdit aux enfants de moins de 18 ans de travailler dans la mine, mais comme personne ne vient contrôler...
Le monde des mineurs a ses rites, ses traditions. Les mineurs communiquent entre eux en Quechua. Là encore, beaucoup de superstition, avec le dieu de la mine le “tio” représenté par un diable à la virilité affichée . On lui dépose des offrandes, feuilles de coca, cigarettes ou alcool. En échange, il prodiguera protection et chance au mineur.
A voir également le film sur les mines dans la rubrique “journal vidéo”du site.