J+180 ... L’influence des Etats-Unis    
 
Au moment de quitter l’Amérique latine, nous vous proposons une mini-série d’articles sur des thèmes que nous avons vu apparaître de manière récurrente sur ce continent linguistique. Troisième et dernier article : les liaisons dangereuses entre l’Amérique latine et les Etats-Unis.
 
En quittant l’Amérique latine
« Pauvre Mexique, si loin de Dieu, si près des Etats-Unis », dicton mexicain
 
« On ne va pas laisser les bras croisés sans rien faire pendant qu’un pays tombe dans le communisme à cause de l’irresponsabilité de son peuple » - Henry Kissinger, secrétaire d’Etat américain, à propos du Chili de Salvador Allende.
 
Mettons tout de suite les choses au clair : il ne fait aucun doute que si notre voyage nous avait amené à traverser le continent africain et non l’Amérique latine, le constat critique que nous porterions concernerait la France et non les Etats-Unis, car ce que nous décrivons ici n’est que l’emprise d’un empire sur ses colonies…
Que s’est-il passé pour que l’Espagne et le Portugal, les deux grandes puissances coloniales qui gouvernaient la destinée de ces pays d’Amérique latine aient perdu à ce point leur influence au profit des seuls Etats-Unis d’Amérique ? Nous n’avons toujours pas compris le processus exact, mais force est de constater que la « doctrine » du président américain Monroe a été appliquée avec succès. Monroe disait que l’Amérique latine faisait partie de l’arrière-cour des Etats-Unis et qu’à ce titre il fallait empêcher à tout prix l’influence européenne sur la région.
Revenons aux années 60 et 70. Nombre de pays de la région sont le théâtre de mouvements sociaux et les idées socialistes et communistes prennent du terrain, soit par les armes via les mouvements de guérilla, soit par les urnes via notamment l’élection de Salvador Allende au Chili. Les Etats-Unis voient d’un très mauvais œil ces transformations politiques. Officiellement il s’agit de mener sur le continent latino-américain un nouvel épisode de la guerre froide et de lutter contre le péril communiste. Il s’agit tout aussi sûrement de protéger les intérêts économiques américains dans la région. Un exemple : dans ces années-là, le principal producteur de fruits d’Amérique centrale s’appelle United Fruit et son dirigeant n’est nul autre que le représentant de la CIA pour la région… Le président guatémaltèque qui aura l’outrecuidance de réquisitionner les terres non cultivées par l’United Fruit (vous avez bien lu : les terres NON cultivées…) sera bientôt renversé par un coup d’état préparé, financé et exécuté avec le support de la CIA.
L’Amérique latine devient bientôt le terrain de jeu de la CIA. Tout est permis dans cette lutte contre-révolutionnaire. Prenons l’exemple du Chili : les travaux des historiens démontrent que les grèves qui ont marqué les premiers mois de gouvernement de Salvador Allende ont été largement financées par la CIA et que la centrale américaine a été plus que complaisante vis-à-vis du coup d’Etat du général Pinochet. Parfois cela a dépassé la simple complaisance : la CIA a aidé à mettre en place un programme de « transfert de compétences » entre l’Argentine et le Guatemala, les militaires argentins (alors au pouvoir à Buenos Aires) devaient apprendre à leurs homologues guatémaltèques les techniques de la lutte contre la dissidence, au premier rang desquelles la torture…  
Qu’en est-il aujourd’hui de l’influence américaine sur la région ? Les armées formées à la lutte contre-révolutionnaire sont aujourd’hui réorientées vers la lutte contre les narcotraficants ; les Etats-Unis continuent de peser dans la vie politique de nombre d’Etats d’Amérique latine. Un exemple : lors de notre passage au Chili, les états d’Amérique latine devait élire leur représentant au Conseil de Sécurité de l’ONU (membre non permanent, poste jusqu’ici occupé par le Pérou). Deux candidatures se sont présenté : le Venezuela du très anti-américain Hugo Chavez et le Guatemala. Ce dernier pays était clairement identifié comme le candidat des Etats-Unis. Les pays d’Amérique latine ont tergiversé pendant des semaines, avec parfois des résultats inattendus, au Chili par exemple. La présidente Michèle Bachelet a ainsi décidé que le meilleur vote serait … de s’abstenir. Coincée par sa coalition de gouvernement, la socialiste n’a voulu offenser personne et surtout pas le grand frère américain.
Le cas du Mexique est encore plus emblématique de la relation nord-sud sur ce continent. Au moment même où le gouvernement républicain décide de construire un mur sur plusieurs milliers de kilomètres entre les Etats-Unis et leur voisin du Sud, rien n’empêche les capitaux américains de prendre une place croissante dans le pays. Cette question du mur a même réussi, et c’est un tour de force, a faire l’unanimité parmi les pays latino-américains. Tous ont condamné cette initiative qui semble une protection ultime, un dernier rempart censé protéger les richesses du Nord de l’afflux de la pauvreté du Sud – et si cette histoire vous rappelle quelque chose en Europe, tant mieux…
Mais l’influence du grand frère américain marque aussi profondément la mentalité des  élites latino-américaines qui sont bien souvent formées aux Etats-Unis et qui pour certaines restent “les pieds dans leur pays, la tête à Miami” pour reprendre l’expression d’un équatorien croisé à Latacunga.
 
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