C’est un moment de notre voyage que nous attendions avec impatience : la descente du Mékong, pendant deux jours, pour rejoindre la ville de Luang Prabang au Laos depuis la frontière thaïlandaise. Le Mékong est certes l’un des 12 plus grands fleuves du monde, il coule du plateau du Tibet jusqu’à la Mer de Chine et sert de frontière naturelle à plusieurs pays de la région. Mais c’est aussi pour nous tout un imaginaire que charrie le Mékong, celui de l'Extrême Orient. Voici nos impressions au fil de ces deux jours de navigation.
Le Mékong surprend tout d’abord par ses dimensions. Il est souvent aussi large que la Seine ou le Rhin, mais en plusieurs points du parcours, il se rétrécit à un passage d’une dizaine de mètres à peine entre deux gros blocs rocheux. Nous sommes en saison sèche, et le fleuve atteint son niveau le plus bas de l’année. L’eau est alors secouée de rapides bousculant notre embarcation, fine et longue d’une vingtaine de mètres. On peut faire confiance au pilote pour guider son bateau : il vit sur le Mékong, littéralement. L’arrière du navire constitue sa maison flottante - regroupant la cuisine, le garde-manger (une poule sous une cloche d’osier), la chambre. Tandis qu’il tient la barre, son plus jeune fils de 3 ans vient jouer dans ses jambes et veut le seconder. Ses deux autres enfants, âgés d’une dizaine d’années, s’occupent de la mécanique : nous les verrons ressortir du compartiment moteur les bras maculés d’huile pendant un arrêt technique improvisé sur un banc de sable.
Sur notre parcours - quelques centaines de kilomètres à peine sur les 4500 que compte le fleuve - on n’aperçoit pas de vraies villes en bordure du Mékong. Pak Beng, où nous faisons étape pour la nuit après la première journée de navigation, est un gros bourg qui ne semble s’agiter qu’au moment d’accueillir les passagers des bateaux. Nous aurions tort cependant de penser que les rives du Mékong sont inhabitées. Nous assistons au contraire à plusieurs scènes de vie au fil de l’eau. Partout, des pêcheurs posent leurs filets. Souvent on peut voir des troupeaux de buffles paissant en bordure du fleuve. En fin d’après-midi, c’est l’heure des plus jeunes : certains partent à leur tour à la pêche tandis que les petits frères et soeurs prennent leur bain quotidien en s’éclaboussant ... Une vraie vie de Robinson Crusoé ?