Sur la Plaza de la Constitution, à Santiago, devant le quotidien chilien La Nacion, on peut visiter en ce moment une courte exposition de “unes” de journaux du monde entier, datées du 12 septembre 2001. Du Washington Post à La Nacion, elles illustrent les attentats aux Etats-Unis. De l’autre côté de la place, le palais présidentiel de La Moneda rappelle, lui, un autre 11 septembre qui a profondément marqué l’histoire du Chili.
En ce mardi 11 septembre 1973, le général Augusto Pinochet, nommé quelques jours auparavant commandant en chef des Armées, a ordonné à l’armée de l’air le bombardement du palais présidentiel, déclenchant ainsi le coup d’état et la mort du président élu Salvador Allende. Dans l’année qui a suivi, près de 180 000 chiliens ont été arrêtés et près de 90% d’entre eux torturés pour, selon Pinochet, lutter contre “le cancer du communisme” qui aurait atteint le pays. Le plus grand stade de la ville a été transformé durant quelques mois en camp de concentration pour tous les opposants au nouveau régime. La dictature du général Pinochet n’a pris fin officiellement qu’en 1990. Il est resté commandant en chef des Armées jusqu’en 1998 et continue à bénéficier de l’immunité liée à son statut d’ancien président. Pinochet, après avoir été un temps poursuivi à Londres par la justice internationale a pu regagner librement son pays et ne sera finalement pas jugé pour ses crimes.
L’image du Chili d’aujourd’hui est celle d’un pays moderne, qui vient d’élire une femme à sa tête et bénéficie d’une économie solide. Mais en ce 11 septembre, nous nous étonnons de lire dans le quotidien de Valparaiso El Mercurio que le 11 septembre 1973 a vu le commencement des années Pinochet, lesquelles “ont permis de poser les bases du développement économique du pays”, même si, précise enfin le quotidien, cette même période a vu la disparition de milliers de chiliens ...
Le Chili a vécu une transition démocratique apparemment couronnée de succès. Mais comment réconcilier ces deux parties de la société chilienne, celle qui a souffert de la dictature de Pinochet et celle, minoritaire, qui continue à voir en lui le “plus grand chilien ayant jamais existé” selon le titre d’un quotidien chilien de droite en 1998 ?