Sucre, au sud de la Bolivie, est une ville paisible qui a conservé beaucoup de bâtiments de l’époque coloniale. C’est aussi la capitale constitutionnelle de la Bolivie. Bien que La Paz ait peu à peu pris le rang de capitale de fait, regroupant notamment le gouvernement, le parlement et toutes les ambassades, Sucre tient à son rôle historique. C’est en effet ici que la déclaration d’indépendance a été rédigée il y a 181 ans. C’est aussi à Sucre que se réunit à partir de la semaine prochaine, et pour une année, l’Assemblée Constituante, chargée de ré-écrire la constitution bolivienne.
A Sucre, on visite la Casa de la Libertad qui, outre la déclaration d’indépendance, héberge une galerie des portraits de tous les dirigeants boliviens depuis l’indépendance. Tous les présidents, et une présidente, ont des profils d’européens, visiblement descendants des colonisateurs. Seul le dernier portrait dénote. C’est celui du président actuel, Evo Morales. Evo, comme la presse semble l’appeler ici, est un indien Aymara. Il se présente sur son portrait sans cravate mais avec l’écharpe traditionnelle de sa communauté.
La différence de Morales ne se résume pas à une tenue vestimentaire. L’an passé, lors de son élection, les indigènes, indiens Aymara, Quechua et Guarani, ont vu pour la première fois l’un des leurs accéder à la présidence... alors qu’ils représentent 60% de la population bolivienne.
Le programme politique de Morales, soutenu par le controversé président vénézuélien Hugo Chavez, propose de récupérer les ressources naturelles du pays et de rétablir une certaine justice sociale en faveur des indigènes. Par exemple, Evo a nationalisé les compagnies d’exploitation du gaz naturel, l’une des principales ressources de ce pays, le plus pauvre d’Amérique avec Haïti... dont quelques compagnies à capitaux français !
Evo Morales est aussi soutenu par le mouvement des cocaleros, les paysans producteurs de la feuille de coca. Anciens mineurs licenciés par la compagnie nationale il y a quelques années, plusieurs milliers d’entre eux se sont convertis dans la culture de la coca pour survivre. La feuille de coca, transformée en pâte, puis acheminée vers la Colombie, deviendra la cocaïne vendue sur les marchés européens et américains.
Ici, la coca est un aliment traditionnel. On l’achète dans la rue, et on la mâche pour en extraire le suc. Elle aide à lutter contre la fatigue, le mal d’altitude ou la faim. Bien entendu, les Etats-Unis voient d’un très mauvais oeil l’arrivée au pouvoir d’un président socialiste, et favorable à la culture traditionnelle de la coca (1).
Ici, comme en Equateur, on trouve une vraie fracture entre les zones riches du pays comme Santa Cruz, la capitale économique, et les zones pauvres du Béni ou de l’Altiplano. Les photos des membres de l’Assemblée Constituante parues dans la presse nous étonnent: côte à côte, des hommes en costume-cravate et lunettes de soleil et des femmes indigènes portant l’habit traditionnel.
Il sera difficile de mettre tout le monde d’accord sur des règles du jeu en Bolivie pour les années à venir.
(1) L’ingérence des Etats-Unis dans les affaires sud-américaines, bien que remise en cause par les gouvernements élus au Venezuela, Bolivie, Chili et Brésil, est encore une réalité. L’ancien président bolivien, accusé par la justice de son pays de s’être livré à une répression sanglante de mouvements sociaux en octobre 2003 est réfugié aux Etats-Unis depuis plus d’un an. Le département d’Etat américain a reconnu le bien-fondé des actions engagées en justice contre l’ancien président mais se refuse jusqu’à ce jour à toute action permettant la tenue de son procès en Bolivie.
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Sans transition aucune, nous fêtons nos deux premiers mois de voyage. Plus de 5000 km parcourus sur le continent sud américain ... et nous n’en sommes qu’à la moitié. A cette occasion, le site web gagne deux nouvelles rubriques : les pays visités et une foire aux questions.