C’est une remarque qui revient souvent dans les très nombreux courriers des lecteurs que nous recevons chaque semaine (!) : on nous demande de parler de notre vie en voyage, pas seulement de ce que nous voyons mais aussi des petites choses, des anecdotes qui font notre quotidien. Nous vous proposons donc une mini-série d’articles qui parleront de notre vie sur la route. Le premier porte au coeur de notre voyage: les déplacements et les moyens de transports.
Confortablement installés dans notre appartement à Rennes devant un planisphère, pour préparer notre voyage, nous avions choisi de privilégier les transports terrestres pour voyager autour du monde. Terrestres, c’est-à-dire tous les modes de déplacements pourvu que l’on n’ait pas à prendre l’avion ! A ce stade du voyage, nous avons testé bon nombre de moyens de transport, du bateau à la moto, du vélo au pick up. Mais ce sont surtout deux modes de transports qui ont fait notre voyage : le bus - en Amérique latine - et le train - en Asie.
En Amérique latine, tout le monde prend le bus. Peu de gens possèdent leur propre véhicule, et on se déplace beaucoup pour rejoindre sa famille, par exemple lors des fêtes (semaine sainte, fête de l’indépendance, …). Alors qu’en Europe le bus reste principalement un mode de transport urbain et plutôt réservé aux courtes distances, on trouve ici des bus quasiment à toute heure, et qui se rendent à peu près dans tous les points du territoire.
Pour prendre un train, on se rend à la gare, mais pour prendre un bus ? Première étape du voyage en bus : trouver le terminal ou la gare routière. Parfois tout est très bien organisé. En Equateur par exemple, comme au Chili ou en Argentine, toutes les compagnies de bus sont regroupées dans d’immenses terminaux qui n’ont rien à envier à nos gares. Débordants d’activité, ces terminaux sont aussi très bruyants, remplis des cris des rabatteurs qui tentent de remplir les bus en partance. Dans d’autres pays, comme au Pérou, les villes ne sont pas dotées de terminaux centralisés, mais chaque compagnie possède son propre terminal quelque part dans la ville, voire au milieu d’un terrain vague. Très pratique lorsque l’on doit prendre une correspondance ! Dernier cas de figure : l’exception mexicaine où non seulement chaque grande compagnie possède son terminal, mais il y a aussi un terminal différent pour les bus première classe et pour les bus seconde classe, parfois distants de quelques kilomètres !
Le bus reflète bien souvent le niveau de développement du pays. On le remarque par exemple dans ce qui est mis en œuvre pour garantir un niveau minimum de sécurité aux usagers. Deux exemples : au Chili, la législation interdit au chauffeur du bus de conduire plus de 5 heures d’affilée. Dans les bus, un avertisseur sonore et lumineux prévient les passagers du franchissement de la vitesse
limite autorisée, permettant ainsi à chacun d’exercer une certaine forme de contrôle sur le respect du code de la route… Tout est différent en Bolivie : les bus n’en sont pas à leur première vie (la preuve : certains d’entre eux ont visiblement servi aux transports scolaires au Japon dans les années 80 si l’on en juge par les inscriptions sur les fenêtres …) et le pneu lisse – voire usé à la corde - semble être la règle communément admise. Mais il existe tout de même sur ces bus un dispositif de sécurité important : l’image sacrée. Tous les bus sont tapissés d’images pieuses comme celle de San Cristobal bien sûr (notre Saint Christophe, patron des voyageurs) mais aussi tous les saints et saintes locaux. Là où en Argentine et au Chili on lit des inscriptions sur le règlement (interdiction de parler au chauffeur), en Bolivie on lit « Fe en Dios y adelante » - Foi en Dieu et en avant !
La nuit, tous les bus sont gris...
Parmi tous les bus que nous avons empruntés, certains occupent une place particulière dans notre cœur de voyageur : les bus de nuit. Tellement plus pratiques, puisqu’ils permettent de parcourir des distances parfois très longues en économisant une nuit d’hôtel. En Argentine, au Mexique ou au Pérou, nous avons pu ainsi parcourir jusqu’à 1200 km en une seule nuit. Le bus de nuit, c’est avant tout un rituel savamment organisé. Selon le pays et la compagnie, l’animation à bord diffère. Au Mexique, les deux chauffeurs qui se
relaient viennent se présenter aux passagers avec le micro, avant de nous souhaiter un bon voyage. En Argentine, avant l’heure du dîner, le steward (et oui, il y a parfois un steward !) organise un bingo. Celui qui remplit le premier son petit carton doit le faire savoir bien fort. Simon a gagné une fois au jeu du bingo. Le steward ne voulait pas interrompre le jeu tant que Simon ne s’était pas levé et n’avait pas crié bien fort devant les autres passagers « Bingo Andesmar ! », Andesmar étant le nom de la compagnie. Le premier prix est une bouteille de vin que l’on a d’ailleurs rarement envie de boire lorsque douze ou treize heures nous séparent encore de l’arrivée. Après les jeux et le repas, suivent les traditionnels films. Il faut dire que nous avons été un peu surpris par la diversité des genres. Comme prévu, beaucoup de films de castagne avec Steven Seagall et Jean-Claude Vandamme, ou des comédies romantiques américaines. Mais ce n’est pas la règle absolue. Dans un bus au Mexique nous avons pu voir « les Choristes »… Mystère de la programmation.
Les trajets sont aussi parfois émaillés de surprises diverses et variées. En Bolivie toujours
, notre bus s’arrête en pleine nuit, le radiateur défoncé par une pierre. Les hommes s’affairent sans bruit pour démonter l’avant du bus, effectuer la réparation tandis que les femmes préparent un feu de broussaille pour se réchauffer un peu. A trois heures du matin et près de 3800 mètres d’altitude, cela donne une impression un peu surréaliste. La réparation durera jusqu’au petit matin… Au Guatemala nous voyageons, dans les vieux bus scolaires américains en fin de vie, ces fameux school bus de couleurs jaune, que les guatémaltèques repeignent avec beaucoup d’imagination.
Ceux qui aiment prendront le train
Nouveau continent, nouveaux moyens de transport : en Asie, le train est encore bien vivant. C’est sans doute parce que nous avons pris le bus jusqu’à la nausée (un autre « mal des transports » contre lequel aucun médicament n’est efficace) que nous sommes si avides à présent de prendre le train. De Singapour, nous avons rejoint le nord de la Thaïlande en suivant une belle ligne droite de quelques milliers de kilomètres, en passant par Kuala
Lumpur, Ipoh et Bangkok, toujours en train de nuit. Ces trains de nuit là ne ressemblent pas aux nôtres. La notion de compartiment par exemple n’existe pas pour les secondes classes, à l’exception du Vietnam. Les couchettes sont alignées dans tout le wagon, on dort donc dans le sens de la marche du train. Des rideaux verts assurent à chacun un peu d’intimité et permettent surtout d’échapper à la lumière blafarde des néons qui restent allumés toute la nuit. En Thaïlande, nous goûtons au luxe d’un trajet en 1ère classe : compartiment pour deux personnes, petit lavabo et nécessaire de toilette, repas servis à nos places …
Prendre le train au Vietnam met notre volonté à l’épreuve. Il faut tout d’abord arriver à acheter les billets. On découvre aussi des catégories de classes et des subtilités que nous ignorions. Le train comporte des places assises et des couchettes, et chacune de ces catégories
existe sous sa forme « molle » ou « dure ». Le siège dur c’est un banc de bois, très agréable à regarder, moins enthousiasmant au bout de quelques heures de voyage. Les couchettes « molles », rembourrées, sont les plus prisées, d’ailleurs malgré nos efforts répétés, nous n’aurons jamais réussi à en obtenir par nous-même, à croire qu’une mafia gère cette catégorie de sièges… impression confirmée par le fait que les agences de voyage prélèvent une commission qui atteint 30% du prix du billet (de quoi faire rêver les agents de voyage français !). Le train ici ne va pas bien
vite, une quarantaine de kilomètres heure en moyenne pour le train le plus rapide reliant Hanoi à Saigon, surnommé « l’express de la réunification ». Des grillages sont installés sur les vitres des wagons, en réponse aux nombreux enfants qui jouent à envoyer de grosses pierres sur le train à son passage. Mais le train c’est aussi un excellent moyen de voyager avec la population locale et d’améliorer notre technique de communication basée essentiellement sur les sourires et les gestes mimés.
Dans les trains d’Asie, on mange bien et souvent : à toute heure, des vendeurs passent pour vous proposer des plats plus ou moins élaborés. En Indonésie, c’est un spectacle étonnant à voir : le cuisinier passe en tenant en équilibre plusieurs assiettes : du riz sauté, du bœuf, du poulet (et il a besoin d’un vrai sens du jonglage, vu l’état des voies). On vous sert directement à la place, et vous avez même droit à de vrais couverts. En prime, tout cela est vraiment bon, rien à voir avec le « Sandwich SNCF ». Dernier point, pour voyager en train, comme en bus, il faut se souvenir que la climatisation est une marque de luxe dans nombre de pays : si elle existe dans votre wagon ou votre car, vous pouvez être sûr qu’elle sera réglée au maximum … la température atteint les 30 ou 35 degrés dehors et tout le monde se couvre à l’intérieur de peur d’attraper froid…