J+216 ... Propre sur soi
 
Il faut toujours écouter les chauffeurs de taxi. A la descente du bus ou de l’avion, à l’arrivée dans un nouveau pays ou une nouvelle ville, ils résument souvent en quelques mots l’ambiance ou les promesses du lieu, en fidèles adjoints de l’office de tourisme. C’est à l’occasion d’une course en taxi que le chauffeur, après s’être enquis de notre statut de touriste, nous a répété plusieurs fois que Singapour était vraiment “safe and clean” - une ville sûre et propre donc. Cela nous a tout d’abord amusé car des voyageurs rencontrés auparavant sur notre chemin nous avaient déjà parlé de cette réputation de la ville. A en croire que “safe and clean” fut le slogan retenu par l’office en charge du développement touristique de la ville (ce qui n’est pas le cas, le vrai slogan est “Uniquely Singapore”).
 
L’insécurité tout d’abord : si, dans notre beau pays, elle est un thème électoral récurrent, ici il n’en est rien et pour deux raisons principales. La première: l’insécurité à Singapour, c’est comme une grève des éboueurs (on n’en a jamais vu et on n’en verra jamais dans ce micro-état), la ville présentant un taux de criminalité très bas. La seconde raison est que les élections et la vie
démocratique singapourienne obéissent à des règles en place depuis des décennies. Le parti du peuple, au pouvoir depuis 40 ans remporte avec une régularité étonnante toutes les élections. Si Singapour est aujourd’hui l’une des villes les plus modernes  du monde, elle le doit en partie au leader de ce parti, son homme providentiel qui a réussi, par un étrange mélange d’étatisme, d’autoritarisme et de libéralisme, à transformer une île sans ressource naturelle (hormis son port) en une puissance économique depuis l’indépendance de 1965.
La propreté constitue le deuxième emblème de la ville. On trouve à chaque coin de rue des poubelles pour y jeter ses papiers gras - vu de France cela ne doit pas vous sembler si fantastique que cela, mais c’est parce que vous n’avez (peut-être) pas traîné dans les rues d’Indonésie...
 
En nous promenant dans cette belle ville, qui à notre grand étonnement ne ressemble pas tant que cela à Hong Kong, nous pouvons voir comment Singapour défend sa marque de fabrique du “safe and clean”. Dans le métro de la ville (MRT, ultra-moderne), les écrans vidéos diffusent des messages de prévention du terrorisme. Mêlant fiction et images des attentats de Londres, Madrid et Bombay, ces courts films visent à convaincre les usagers qu’ils ont aussi leur rôle à jouer pour “garder Singapour sûre”. Dans une rue de Chinatown, un grand panneau nous incite à surveiller nos affaires pour déjouer les plans d’un voleur représenté avec un blouson de cuir, des lunettes noires et une coupe de cheveux “avec la banane”. On vous défie de trouver un autre pays au monde où l’image du ladron est si directement issue de l’imaginaire des années 60 ...
 
A l’entrée du métro, la liste des activités interdites nous laisse songeur : bien entendu il est
interdit de fumer, de manger ou de boire, de transporter des matières explosives et ... des durians. Dommage que les limitations du web ne nous permettent pas de vous faire sentir l’odeur du durian, fruit typique de la région qui dégage une senteur aussi caractéristique que nauséabonde.
Singapour c’est un peu la ville “premier de la classe - tête à claque” : une réussite économique qui s’appuie notamment sur le plus grand port du monde, totalement informatisé, un système de péage pour accéder au centre-ville (en place depuis ... 1975), une compagnie aérienne parmi les meilleurs du monde (Singapore Airlines, première à faire voler l’A380... oui mais quand ?), des habitants polis bien que peu souriants. Une success-story asiatique, tout le monde est beau et bien gentil sous les tropiques. Singapourien, dors sur tes deux oreilles, ton gouvernement veille sur toi.
 
Nous en étions là de notre constat sur Singapour lorsque Vincent, qui nous héberge ici chez lui nous a demandé ce que nous allions raconter de sa ville d’adoption sur notre site web (Vincent et Léa vivent à Singapour depuis quasiment deux ans maintenant). C’est un exercice délicat que d’émettre un jugement sur la ville de son hôte... Imaginons qu’un ami ne retienne de sa visite de Rennes que l’image d’une ville peuplée exclusivement de bourgeois catholiques et d’étudiants en état d’ébriété permanent, nous aussi nous aurions trouvé son jugement un peu trop “cliché” (et notre métro ultra-moderne à nous, alors ?). Nous avons donc invité Vincent et Léa a vous faire part de leur vision de Singapour (à suivre).
 
Ville-Etat de Singapour
 
Façade d’une “Shophouse”, maison typique de Singapour