Au nord du Guatemala, nous visitons le site maya de Tikal, perdu au milieu de la jungle qui sera la dernière étape de notre parcours dans cette civilisation (après les sites mexicains de Chichen Itza, Uxmal, Palenque). Devant l’une des grandes pyramides du site, on découvre un autel qui sert encore de nos jours au culte maya. Ils ont abandonné leurs cités avant même la venue des espagnols, mais les descendants de ces ancêtres prestigieux représentent aujourd’hui encore plus de la moitié de la population guatémaltèque. En revanche, ici, contrairement à l’Equateur ou à la Bolivie, les indigènes n’ont pas réussi à constituer une force politique autonome. La guerre civile a fait rage dans le pays jusqu’à la signature des accords de paix, fin 1996, entre la guérilla et l’armée.
Officiellement, ce sont près de 200 000 personnes qui sont décédées au cours de ce conflit, très majoritairement des indiens mayas des campagnes. Lors de la dernière élection présidentielle en 2004, le second tour a vu s’opposer un candidat conservateur de droite à un candidat de centre-droit. Tous deux sont issus ou proches des milieux d’affaires du pays. Le candidat arrivé troisième, donc éliminé pour le second tour, n’est autre que le général Rios Montt, qui a pris le pouvoir au début des années 1980 à la suite d’un coup d’Etat et à qui l’on attribue, durant sa dictature, les pires atrocités (avec la bienveillance de qui vous savez, au nom de la lutte contre le communisme).
Sur la route qui nous ramène de Tikal vers la ville de Florès où nous avons posé nos sacs pour quelques jours, nous pouvons voir une grande caserne militaire avec un panneau indiquant que “l’armée contribue à l’effort de paix dans le pays”. Selon de nombreuses organisations, dont Amnesty International, plusieurs des dispositions prévues par l’accord de 1996 sont restées lettres mortes, notamment celles promettant une meilleure considération du sort des mayas ou encore le jugement des criminels. Le Guatemala sort à peine de ces années sombres, mais si l’on en juge par ce que nous avons vu en Argentine et au Chili, c’est un long chemin qui l’attend pour tourner la page de la dictature et construire une véritable démocratie.