J+280 ... L’art et la manière de se nourrir
 
 
Un second article sur notre vie en voyage, après “l’art et la manière de se déplacer”, comment nous nourrissons nous ?
 
La scène se passe dans un restaurant de Chiang Mai, au nord de la Thaïlande. Fréquenté essentiellement par les expatriés et les touristes occidentaux, l’établissement propose une cuisine dite “fusion”, un mot un peu pompeux pour décrire le mélange cuisine orientale et occidentale. Nous sommes quatre à table et commandons du vin. La serveuse – qui a nécessairement été formée au service « à l’occidentale » - apporte la bouteille commandée, fait goûter l’un de nous qui approuve d’un hochement de tête convenu. Jusqu’ici, tout va bien. Le rituel se poursuit et la serveuse sert chacun d’entre nous. Elle remplit alors nos verres à ras bord, s’empresse de finir la bouteille en la secouant à la verticale au-dessus de l’un de nos verres pour faire tomber la dernière goutte, et se tournant vers nous avec un grand sourire : « One more* ? ».
 
Une anecdote parmi d’autre qui montre combien la nourriture, la façon de la cuisiner, de la servir et de la manger est le fruit de notre culture. La façon de cuisiner d’abord. La majorité des pays que nous avons visité sont des pays peu développés, plus ou moins en voie de le devenir. Les modes de vie y sont encore traditionnels, notamment la répartition des rôles entre les hommes et les femmes. La cuisine est un rôle féminin par excellence, ne le reste-t-il d’ailleurs pas encore dans nos pays ? Les restaurants que nous fréquentons, en Amérique du sud comme en Asie sont bien souvent de tout petits établissements familiaux, un petit local ou un bout de trottoir, une table et des chaises en plastique. Le restaurant est alors une extension de la maison familiale, au sens large selon le modèle traditionnel. Dans la cuisine, on retrouve les femmes, installées au sol sur une natte, découpant et cuisant les aliments, lavant la vaisselle. Les enfants font le service, ou leurs devoirs de classe dans un coin, tandis que les plus vieux regardent des séries romantiques à la télévision. Les enfants et leurs grands parents sont alors les plus disponibles pour échanger quelques mots avec nous, étrangers toujours objets de curiosité.
 
La cuisine descend dans la rue
 
En Asie, on mange des plats de légumes et de viandes découpés finement, cuits rapidement, accompagnés d’herbes fraîches et d’épices. C’est souvent délicieux, mais il faut parfois s’armer de patience, les plats mettent du temps à arriver, et peuvent être servis à 20 minutes d’intervalles. Lorsque l’un finit son plat, l’autre attend toujours le sien… question de culture encore ! En Europe, on mange chacun son assiette, dégustant le plat que l’on a choisi sur la carte. En Asie, c’est différent: on commande plusieurs plats qui sont posés au centre de la table dans lesquels chacun piochera. Quelle importance alors que les plats soient servis en ordre dispersé, du moment qu’il y a quelque chose à manger sur la table ? En revanche, dans de nombreux restaurants, on veut montrer la qualité du service par la présence des serveurs autour de la table. Ainsi, à peine a-t-on fini son plat que le serveur se jette dessus pour le débarrasser, idem pour le verre ou le morceau de pain que l’on gardait pour saucer son plat….
 
La restauration de rue fait partie du paysage en Asie du Sud Est, où l’on mange en continu tout au long de la journée. On s’acclimate bien à cette façon de manger, même si on reste sur un rythme de trois repas par jour, matin, midi et soir. A chaque coin de rue, on trouve de minuscules stands, tenus par des femmes qui font des merveilles avec trois fois rien. C’est une cuisine souvent préparée à la demande, mais à partir d’ingrédients déjà prêts : poulets déjà découpés, herbes fraîches préparées, on fait revenir le tout et on sert. Cette fois, c’est prêt en 5 minutes! En revanche, les asiatiques ne sont pas les rois des desserts, mais on trouve des tas de fruits délicieux !
Dans les villes au Vietnam, les trottoirs sont squattés par les tables basses autour desquelles les gens s’assoient sur de minuscules tabourets en plastique. On se joint volontiers à eux - forcement, surtout des hommes - et échangeons des sourires polis, faute de paroles... en trinquant à l’occasion autour d’une bonne Bia Hoi, une bière légère, à peine fermentée. En Thaïlande, les stands ambulants s’installent à la sortie des écoles et nourrissent les écoliers. On mange de tout dans la rue. Les brochettes grillées sur un seau rempli de charbon de bois sont souvent les meilleures.
 
Omnivores
 
Et pour finir, la liste des petites choses-que-l’on-mange-ailleurs-mais-pas-chez-nous et que nous n’avons d’ailleurs pas testé nous même - courageux mais pas téméraires! En Equateur et au Pérou, un met de choix est le Cuy (prononcer comme une partie intime de l’anatomie masculine) : un cochon d’inde que l’on cuisine rôti à la broche. Le résultat fait penser à un gris rat rôti... Il paraît que ce n’est même pas bon ! En Amérique latine toujours, au Mexique et au Guatemala – mais également en Asie – on trouve souvent sur les marchés des insectes grillées, sauterelles et criquets, mais aussi larves en tout genre. Dans un autre genre, citons le Durian, un fruit dont les asiatiques raffolent mais dont l’odeur ne plaît pas du tout aux narines occidentales, à tel point qu’il est interdit d’en transporter dans les bus ou les trains, ou d’en emmener dans sa chambre d’hôtel.
En Indonésie, nous avons vu des restaurants proposant du serpent. Au Vietnam, le chien est à la carte de quelques établissements. Gastronomie raffinée pour les uns, objet de dégoût pour les autres (vous devinez qui ?), des œufs couvés sont offerts aux voyageurs dans les trains vietnamiens. Mais jusque là, la palme des petites choses bizarres et peu ragoûtantes revient aux Chinois, à Hong Kong mais aussi partout en Asie du Sud Est où ils sont présents. On ne parle pas des nids d’oiseaux, ou des grenouilles vendues vivantes, mais de toutes ces choses indéfinissables que l’on voit sur les étalages des marchés et qui ne mettent pas vraiment l’eau à nos bouches d’occidentaux!
 
*Je vous en mets une autre ?
 
 
Nha Trang, Vietnam
Poissons frais sur un marché de Hong Kong, vendus vidés.... mais vivants!
Le menu du jour en Equateur
Resto de rue à Bangkok
A Hanoï, Vietnam