A quelques kilomètres à peine du centre de la capitale cambodgienne, le centre de sécurité 21 (S-21) témoigne des atrocités commises par le régime des Khmers Rouges.
Le bâtiment est un ancien lycée, il ressemble à n’importe quel autre lieu d’enseignement : au rez-de-chaussée quelques salles individuelles et dans les étages de grandes salles de cours. Lorsque les Khmers Rouges sont entrés dans la capitale en avril 1975, beaucoup ont d’abord cru que cette date marquait la fin du conflit au Cambodge. Pour Pol Pot, cette année-là devait être l’année zéro. S’inspirant de la révolution culturelle de Mao en Chine, il décida de mener une révolution très dure au Cambodge. Premier signe de cette détermination, la capitale fut évacuée de sa population, déplacée dans les campagnes et sommée de participer notamment aux travaux agricoles.
Le centre S-21 était un centre d’interrogatoire des “opposants” au régime. Durant 3 ans, les Khmers rouges ont fait transiter près de 20 000 détenus par ce camp pour les torturer et leur faire avouer des actes contre-révolutionnaires. Sur ces 20 000 détenus, seuls 7 ont eu
la vie sauve. On peut voir aujourd’hui les portraits des arrivants, des hommes, des femmes et des enfants, leur numéro accroché autour du cou. On peut aussi voir les instruments de torture utilisés. La purge s’emballa assez vite: après les détenteurs du savoir (enseignants, juristes, commerçants, ...) tout le monde sera visé, y compris certains ministres Khmers Rouges.
De 1975 à 1978, près du quart de la population cambodgienne sera victime du génocide entrepris par les Khmers Rouges contre leur propre peuple.
La visite du site nous laisse un sentiment d’incompréhension. Les portraits des bourreaux sont affichés à côté de ceux de leurs victimes. La plupart des exécutants ne nient par leur appartenance aux Khmers Rouges mais semblent rejeter la faute sur les dirigeants du mouvement. Justement, qu’en est-il de ces dirigeants ? Dans le centre de Phnom Penh, un
café diffuse un film documentaire sur Pol Pot.
On peut y voir des images de l’incinération de l’ancien chef surnommé “frère numéro 1”, mort en 1998 dans la forêt. Son cercueil (une simple caisse en bois), est posé sur un bûcher de fortune, alimenté par quelques vieux pneumatiques. Ainsi le tortionnaire aura-t-il échappé à la justice internationale - un peu à l’image d’un autre dictateur de ces mêmes années, le général Pinochet au Chili.
Dans la presse cambodgienne, on parle aujourd’hui du prochain procès prévu pour juger les atrocités commises par les Khmers Rouges. Les avocats cambodgiens et étrangers qui doivent représenter les victimes et les accusés ne parviennent pas à se mettre d’accord sur les règles de fonctionnement du tribunal. Près de 30 ans après les événements, les victimes et leurs proches attendent toujours que justice leur soit rendue.