Dès notre descente du bus à Vientiane, capitale du Laos, nous donnons rendez-vous à Sébastien (un ami qui ne tient pas de blog de voyage et nous explique pourquoi). Il nous rejoint dans un petit restaurant sur les bords du Mékong alors que nous entamons à peine nos deux plats à base de poulet. C’est précisément ce moment-là qu’il choisit pour nous raconter les derniers rebondissements de l’actualité locale : quelques jours auparavant, le premier cas humain avéré de grippe aviaire du Laos a été détecté dans le quartier de Vientiane où nous allons séjourner… Retour sur les semaines qui ont précédé cette annonce officielle, en collaboration avec Sébastien, présent à Vientiane au début des faits.
Il y a peine un mois, la transmission de la grippe aviaire à l’homme était au Laos ce que le nuage de Tchernobyl était à la France des années 80 : alors que les pays voisins sont touchés, le Laos serait miraculeusement épargné. On peut y voir le signe d’une chance exceptionnelle - qui peut s’expliquer en partie par le fait que les élevages à grande échelle sont plus rares au Laos qu’en Thaïlande - ou, c’est au choix, un exemple du manque de liberté d’information et d’expression au Laos, ancienne colonie française devenue une « république populaire » où le parti unique – communiste - contrôle le pays. Depuis notre arrivée en Asie nous avons un peu mieux compris comment, en pratique, la transmission du virus à l’homme peut se dérouler : dans nombre de villages, et même dans certains quartiers des villes asiatiques, les poules et les hommes cohabitent dans les mêmes lieux. Il n’y a pas d’espace spécifique dédié à l’élevage – et ce qui est vrai pour les poules l’est aussi parfois pour les cochons…
Pour tenter de prévenir la transmission du virus à l’homme, les autorités ont tout d’abord misé sur la sensibilisation des populations à quelques règles d’hygiène. Des prospectus, financés notamment par l’UNICEF, sont distribués dans les quartiers. A l’aide d’illustrations colorées, ils déclinent la liste des précautions à prendre: laver les œufs, se laver les mains après contact avec les animaux et avant les repas, empêcher les enfants de jouer avec les volailles… Dans un second temps, une action ciblée est organisée dans les quartiers où des volailles contaminées ont été détectées : distribution de posters de prévention, pose d’affiches dans les lieux fréquentés par le public, en particulier les commerces.
Quelques jours plus tard, le quartier de Phonpapao est le lieu d’une animation inhabituelle : une scène est installée sur la place publique, la sonorisation crache de la musique. Mais ce n’est pas ici un mariage ou un concert qui attire les foules, mais un spectacle dédié à la prévention de la grippe aviaire.
Un théâtre de marionnettes (photo ci-contre) reprend les messages de prévention, relayé par des comédiens, le tout entrecoupé de jeux pour gagner des savons, des t-shirts aux motifs de « super-poulets ». Ironie du hasard, ou maîtrise du calendrier, le lendemain même le premier cas humain avéré de grippe aviaire est annoncé, une jeune fille d’une quinzaine d’années est traitée dans un hôpital de Nong Khaï, en Thaïlande, ville frontalière avec le Laos. Dimanche dernier, une femme est morte dans un hôpital local, victime du virus H5, devenant le second cas, au Laos, de transmission de la grippe aviaire à l’homme.
Figurant à une bonne place dans la triste liste des pays les plus pauvres du monde, le Laos fait face à cette épidémie. En reconnaissant publiquement l’existence de cas de grippe aviaire au sein de sa population, elle franchit une étape importante. Rappelons, avant de juger, qu’il a fallu attendre en France l’année 2006 pour qu’un rapport officiel reconnaisse que l’information fournie, à l’époque, sur le passage du nuage de Tchernobyl dans le ciel français était fausse et biaisée…
Information gouvernementale ou pas, ces derniers jours un changement de comportement des autorités et des habitants semble se dérouler. Des abattages massifs ont été imposés dans les élevages, et sur les marchés, la consommation de poulet semble diminuer – dans certains restaurants visant la clientèle expatriée de Vientiane, la volaille a disparu de la carte ...