Pour le plaisir de se débrouiller seuls et de voyager avec les habitants du pays, à chaque fois que nous le pouvons, nous empruntons les transports en commun publics et non ceux réservés aux touristes. Nous achetons directement nos billets de bus ou de train, plutôt que de confier cette tâche à une agence de voyage. Jusqu’à présent, nous n’avons pas connu de difficultés particulières, ou alors - c’est le plus probable - elles sont déjà oubliées. C’est donc avec notre optimisme naturel que nous prenons la direction de la gare principale d’Hanoi afin d’acheter un ticket de train pour Haiphong, non loin de la baie d’Along.
Là, un guichet est réservé aux étrangers... en théorie du moins. Car, malgré le dispositif prévu pour “organiser” les queues, les Vietnamiens s’agglutinent tout simplement au plus près du guichet. Une dizaine de minutes plus tard, et après s’être fait “doublé” deux fois, nous pouvons enfin accéder au guichet tant convoité et réclamer quelques détails sur le train qui nous intéresse. L’employée derrière le guichet nous apprend que l’on ne peut pas acheter les billets avant la veille du départ. Interrogée sur les horaires du fameux train, elle nous demande de patienter quelques instants puis... se lève, met son manteau, ferme son guichet... et s’en va ! Ses cinq collègues qui discutent dans un coin refusent de nous fournir la moindre information. Nous abandonnons donc la partie, provisoirement, et sommes maintenant disposés à passer par le biais d’une agence pour se procurer le billet.
Le billet pour Haiphong coûte à peine 1 euro pour deux heures de trajet... un coût modeste qui explique qu’aucune agence ne veut nous le vendre et qu’elles s’empressent de nous proposer une alternative “circuit organisé”. En consultant le site internet des chemins de
fer vietnamiens, nous apprenons qu’un train circule chaque après-midi depuis la gare principale d’Hanoi. Deux heures avant le départ du train, c’est devant le même guichet que nous avons le plaisir de retrouver notre vieille connaissance. Re-file d’attente pour s’entendre dire deux choses : on ne peut pas acheter le billet le jour-même dans cette gare et de toutes façons, le train pour Haiphong part d’une autre gare... Après avoir dépensé environ cinq fois le prix du billet de train en taxi, nous arrivons finalement dans la gare Long Bien. Nouveau guichet, nouvelle attente, nouvelle queue “à la vietnamienne”. Lorsque vient notre tour, c’est à dire lorsque plus aucun Vietnamien n’a besoin d’un billet, l’employé nous renvoie vers sa collègue qui, à son tour, veut nous renvoyer vers lui. Visiblement, le jeu les amuse beaucoup, nous, un peu moins. Devant notre insistance, elle rechigne puis accepte finalement de nous délivrer les deux billets que nous empochons, vous l’imaginez bien, avec un sentiment de victoire totalement démesuré par rapport à l’enjeu. Les deux heures et demi de trajet en train ne nous ont pas permis de comprendre quelle est la part du “système” et celles des individus dans la mauvaise volonté affichée.
Et oui, quand on veut on peut, mais il faut avoir du temps et de la patience à revendre.