J+28 ... Leçon de marketing électoral
 
2006 est une année électorale dans plusieurs pays que nous traversons. Alors que les Equatoriens s’apprêtent à voter pour élire un Président en novembre prochain, les Péruviens ont élu le leur très récemment (début juin). C’est donc l’occasion pour nous de prendre une petite leçon de marketing électoral, en vue des prochaines élections présidentielles en France, l’an prochain.
 
Tout d’abord, s’assurer d’une présence médiatique forte. Au Pérou, comme en Equateur, le média principal est d’abord la rue : l’on “peint” sur les façades le nom de son candidat favori, le nom du parti et son slogan de campagne. On s’en doute, le mot-clé est “el cambio” - le changement.
Nous avons eu la surprise de constater qu’une fois l’élection passée, certains habitants repeignent discrètement la façade qui devait sans doute porter la marque d’un candidat malchanceux... on est jamais trop prudent !
 
Huaraz, Pérou
Outre les inscriptions peintes sur les murs, il faut s’assurer d’une bonne campagne d’affichage. C’est là que le candidat finalement élu, Alan Garcia semble avoir les meilleures recettes marketing.
En effet, le vote, ici comme ailleurs en Amérique latine, est marqué par une appartenance régionale. Si l’on veut être élu par les habitants de la côte pacifique par exemple, il faut faire croire que l’on est “du pays”. Inversement, si l’on recherche les votes des zones de montagne, mieux vaut pouvoir faire valoir un attachement à la région. Mais, comment faire puisqu’on ne peut pas être né à la fois à Lima - sur le côte, à Cusco - dans la sierra et à Puccalpa - dans la forêt amazonienne?
 
Alan Garcia a trouvé une solution fort simple : un astucieux photomontage (bien mieux réussi que le mien ci-dessous) le présente devant des paysages que chaque habitant de la région reconnaîtra. Ici, à Huaraz, Alan pose devant la Cordillère Blanche. A Trujillo, au nord, il pose devant l’ancienne cité Chan Chan. A Cusco, Alan pose, vous l’aurez deviné, devant le Machu Picchu.  Malin, le Alan !
Autre cas de figure : comment se faire ré-élire député d’une circonscription ? Puisque vous êtes déjà élu, impossible de se prévaloir du “changement” - d’ailleurs il n’y a qu’en France que l’on peut être à la fois le candidat de la rupture et appartenir à la majorité qui dirige le pays depuis quelques années ;-) Là encore, les candidats péruviens font preuve d’imagination. Plutôt que de promettre le changement, ils se félicitent du travail qu’ils ont effectué. Tel candidat local qui a fait construire un pont pendant sa mandature aura ainsi pour slogan “Merci pour le pont !”, histoire de rappeler aux électeurs, ces ingrats, ce que l’on fait pour eux ...
 
Et le débat de fond me direz-vous ? Alan Garcia (qui se fait appeler sur ses affiches Alan Perù, du nom du pays...) est le candidat de centre gauche, ancien président de la république de 1985 à 1990. Il n’a pas laissé un souvenir impérissable : l’inflation a explosé, le terrorisme (Sentier Lumineux) s’est renforcé...
 
Face à lui, Alan a trouvé au second tour un candidat nationaliste de gauche, Ollanta Humala, ancien militaire et frère de l’un des auteurs d’un coup d’état manqué l’an dernier... Humala a reçu le soutien du président vénézuélien Chavez et du bolivien Moralès. D’après les observateurs, Alan est le candidat du “ni oui, ni non”. Alors que Humala s’est ouvertement déclaré hostile à l’accord de libre échange avec les Etats-Unis (TLC, dont nous avons déjà parlé à maintes reprises), Alan n’a toujours pas fait savoir, alors qu’il prendra ses fonctions le 28 juillet prochain lors de la fête nationale, ce qu’il entend mener comme politique sur ce sujet...
Concernant le débat télévisuel, il ne fut pas d’une très haute tenue : Humala est arrivé en retard, ce qui a permis à Alan Garcia de déclarer que son adversaire s’était “arrêté dans un bistrot pour manger un sandwich (de poulet) et boire une bière”. Le “de poulet” n’est pas dans la phrase d’origine, mais vu que l’on en mange beaucoup, j’imagine que le sandwich en contenait aussi...
Ont suivi des attaques personnelles sur la supposée consommation de cocaïne pour l’un, et  des accusations concernant d’anciens faits d’armes pour l’autre... Un débat qualifié d’ennuyeux par tous les observateurs...
 
Parions que la campagne électorale à venir en France sera en tous points différente !
 
La façade comme principal support de campagne électorale
Alan “Perù” Garcia, le candidat élu
Mon affiche pour la ville de Trujillo ...
et celle pour la région de la Cordillère blanche.