Passer les fêtes de fin d’année à l’autre bout du monde, dans un pays au climat tropical: une expérience inédite voire surréaliste. Récit de notre journée de Noël sur l’Equateur.
A notre réveil, aux alentours de six heures du matin, l’hôtel du centre de Yogyakarta, au sud de Java, est déjà rempli des bruits matinaux: les employés passent le balais, les enfants des familles indonésiennes, en vacances cette semaine, chahutent dans les coursives en chantant la chanson du générique du dessin animé “Power Rangers” en indonésien et l’appel à la prière de la mosquée du quartier a déjà retenti dans le quartier.
Pour ne pas manquer à la tradition, nous nous offrons nos cadeaux de Noël surprises: un peignoir en Batik, le tissu traditionnel de java pour Simon, et un roman en français pour Anaïs, objet plutôt rare sous ces latitudes. Dans la chambre d’à côté, un petit groupe de touristes anglais a accroché une banderole “Merry Christmas” au dessus de leur chambre. C’est d’ailleurs l’unique décoration de Noël que nous aurons l’occasion de voir.
Après un petit déjeuner léger et une toilette à l’eau froide dans la salle de bain équipée d’un bac rempli d’eau, nous enfilons nos fidèles sacs à dos et nous mettons en route vers la gare toute proche. Notre destination, Solo, n’est qu’à une heure de train. Nous achetons facilement notre billet au guichet: nous rencontrons des indonésiens parlant et comprenant suffisamment l’anglais pour nous fournir les informations utiles.
Alors que nous attendons le train autour d’un café, un homme vient gentiment nous avertir que le train pour Solo arrive en gare, sachant que nous ne pouvions pas comprendre les annonces sonores.
Le train jaune pour Solo est un omnibus assez rapide, qui dessert les principales villes entre Yogyakarta et Solo. Nous montons dans le train, précédant un groupe d’enfants qui se dirige aussitôt dans notre direction. L’homme qui les accompagne s’adresse alors à nous - il parle en anglais, et nous sommes les seuls touristes à bord - à l’aide de son mégaphone “Hello, Mister, Miss, where are you from ?”. Rouges de confusion, et avant de réaliser ce qui nous arrive, nous nous retrouvons entourés d’une nuée d’enfants qui nous dévisagent, souriants. Ils sont accompagnés de leur prof d’anglais qui trouve l’occasion trop belle pour un cours interactif avec de “vrais anglophones” ce que nous ne sommes pas ... nous ferons l’affaire. Les garçons bombardent Simon de questions à propos de Zidane, de consoles de jeu et de musique. De leur côté les fillettes de 10 ans, toutes voilées, très timides, sont incitées par leur prof à poser de simples questions à Anaïs. On fait la liste de nos différences: notre nez “pointu”, notre peau claire et nos yeux ronds les font rire. La prof d’anglais est gênée quand nous expliquons que nous ne sommes pas mariés, mais vivons ensemble, une chose impensable ici. Quand le groupe descend du train, nous avons droit à un concert de “Merry Chrismas”.
Ici, et pour la première fois depuis que nous voyageons, nous attirons l’attention, malgré nos vains efforts pour ne pas nous faire remarquer. On nous dévisage beaucoup, surtout les enfants, qui vont jusqu’à nous demander de poser pour une photo avec eux. Nous sommes de vrai curiosités! On nous regarde, on nous sourit aussi énormément. Nos ballades en villes résonnent de “Good morning” et autres “hello Miss”, “hello Mister”.
A la gare de Solo, nous montons dans un “Bajaj” qui nous conduit à l’hôtel. Il est 11h du matin et l’hôtel est vide. Visiblement, la saison touristique, qui connaît en général un pic pendant les fêtes de fin d’année, s’annonce catastrophique: ces dernières années, l’Indonésie ayant subi tsunamis, éruptions volcaniques, inondations et autres attentats terroristes, ne bénéficie plus du même attrait auprès des touristes occidentaux. Au désespoir des indonésiens, dont une grande partie vit grâce à cette activité. Ici, à Solo, nous ne croisons pas un touriste.
Lorsque que nous sortons pour déjeuner, l’air est lourd et quelques gouttes commencent à tomber. Nous courons nous abriter dans un restaurant: en quelques secondes, c’est un véritable orage tropical qui s’abat sur nous, des trombes d’eau tombent du ciel... pendant plus d’une heure. L’averse peut durer plusieurs heures, diminuant d’intensité au fil de l'après- midi. Mieux vaut avoir trouvé un abris avant! Heureusement, on peut toujours attendre la fin de l’orage en dégustant un plat indonésien, souvent bien épicé, mais toujours délicieux.
L’averse quotidienne du début d’après midi amène une paresse généralisée et tout le monde en profite pour se reposer. En fin d‘après midi, l’air est légèrement rafraîchi pour une ou deux heures, il est temps de ressortir avant la tombée de la nuit. Nous explorons la ville de Solo, qui semble un peu endormie en ce jour férié. On se faufile sur les trottoirs, entre les marchands, les chauffeurs de Bajaj qui attendent une hypothétique course en somnolant les pieds en l’air dans leur véhicules. Nous évitons les trous, les racines, et les tas d’ordures ravinés par l’averse. Le ciel s’assombrit et nous rentrons à l’hôtel. L’orage éclate de nouveau et la pluie tombera jusqu’à 20h. Avant d’aller dîner, un tour au cyber café, où la connexion, bien que lente, fonctionne! Nous savourons la lecture des messages de nos familles, en France, qui s’apprêtent à réveillonner.
La nuit est tombée depuis 3 heures mais l’air ne s’est pas vraiment rafraîchi. Cette journée de Noël un peu particulière s'achève dans la moiteur des nuits de Chine...
Joyeux Noël à tous!