Au sud ouest du Chili, aucune route terrestre ne relie les ports de Puerto Natales et de Puerto Montt. La plupart du transit de passagers ou de marchandises s’effectue, dans cette région de Patagonie, par la voie maritime, à travers l'enchevêtrement de canaux et l’océan Pacifique. L’un des deux bateaux qui dessert cette route s’appelle le Puerto Eden. C’est celui sur lequel nous avons navigué durant 4 jours et 3 nuits. Long d’une centaine de mètres, il transporte en cette (basse) saison une trentaine de touristes de tous âges et de tous horizons, quelques camions et une bonne centaine de vaches et de veaux.
Cette route maritime, que nous empruntons du sud vers le nord, est étonnante. C’est d’ailleurs l’un des seuls moyens de découvrir le côté maritime de la Patagonie : pendant les deux premières journées du voyage, nous naviguons au milieu de canaux et de fjords, passant parfois par d’impressionnants goulets, entre 2 îles proches de moins de 40 mètres. Le bateau dessert aussi la ville dont il tient son nom “Puerto Eden”, en réalité un village de pêcheurs perdu au milieu de nulle part, puisque situé à deux jours de bateau des plus proches agglomérations et où subsistent encore quelques uns des derniers indigènes natifs de la région.
Nous avons l’autorisation de visiter la timonerie et de rester avec l’équipage, dont le commandant. L’occasion surtout de se rendre compte que, les deux tiers du temps, il n’y a personne ni derrière la barre, ni à surveiller la route. Au début, cela fait drôle! Bref, une “croisière” très sympathique et tranquille, jusqu’à notre entrée dans le Golfe de Penas. Son nom signifiait à l’origine “Golfe des Peines”, ce qui aurait dû nous mettre la puce à l’oreille. Après 2 jours de navigation très paisible, l’océan Pacifique, qui se déverse dans le Golfe, nous garantit une houle très longue, très haute... et à même de rendre malade même les plus aguerris (dont nous ne faisons d’ailleurs pas partie). Nous avons donc eu droit à une douzaine d’heures quelque peu mouvementées. Notre estomac a fini par s’en remettre, merci. Mais pourquoi donc Magellan a-t-il appelé cet océan “Pacifique” ?
Pour nous divertir nous avons diverses occupations, plus ou moins constructives : répondre aux questions, pleines de malice, des élèves de CM1-CM2 de la classe de Mélanie, la soeur d’Anaïs (“mais pourquoi faîtes-vous donc un tour du monde ?”), regarder l’un des nombreux films projetés dans le salon principal, discuter avec quelques français partis également, pour la plupart, pour un long voyage, regarder les anglo-saxons boire plus que de raison, du vin blanc dès 15h et jusqu’à tard le soir (un vrai choc culturel) ...