J+180 ... Eglises en concurrence
 
Au moment de quitter l’Amérique latine, nous vous proposons une mini-série d’articles sur des thèmes que nous avons vu apparaître de manière récurrente sur ce continent linguistique. Premier article : les églises et leur influence sur les sociétés latino-américaines.
 
En quittant l’Amérique latine
Les premières traces de la croisade d’évangélisation de ces peuples s’affichent dans les couvents et les cathédrales des pays andins. Les grands conquistadors espagnols, des aventuriers sans grande éducation pour la plupart, ont d’ailleurs utilisé l’argument de l’évangélisation pour obtenir le soutien des rois d’Europe. Les peuples indigènes qui habitaient ces terres étaient déjà croyants, mais leur tradition religieuse les incitait davantage à pratiquer un polythéisme débordant. Les conquistadors ont utilisé les représentations, notamment les tableaux et les statues dans les églises, pour éduquer les masses d’infidèles ; dans le musée de Quito, on peut trouver des exemples amusants d’adaptation et de mixage entre les traditions incas et la parole catholique : un tableau représente la Vierge Marie avec un très long châle qui lui couvre la tête et tombe sur les épaules et le dos, formant ainsi une montagne. Or la montagne pour les Incas, c’est le symbole de la Pachamama, la déesse Terre. On ignore dans quelle mesure les copistes du Nouveau Monde auraient pris des libertés avec les originaux peints en Europe… 8BA7F466-E833-4684-B524-EA2BC0D9CEE6.htmlshapeimage_1_link_0
S’il est un continent où la religion est omniprésente, c’est bien l’Amérique latine. Les traces visibles de la religion sont partout : dans la multitude d’églises que l’on peut voir y compris dans les lieux les plus reculés, dans les gestes des passants qui se signent tout en marchant au sein des villes, dans la politique et la vie sociale de ces pays.
L’Amérique latine regorge d’églises, de cathédrales. Ces monuments constituent d’ailleurs le plus souvent l’un des derniers vestiges de la conquête espagnole. Sur l’île de Chiloé, au sud du Chili, ce sont des dizaines d’églises jésuites, entièrement construites en bois, qui témoigne de l’activité religieuse. Mais la religion reste aussi visible dans les actes quotidiens. Ainsi, dans ces pays andins ou au Guatemala, où les bus locaux arborent tous des images pieuses et des inscriptions affirmant que Dieu est le véritable chauffeur du bus. Nous avons vu plus d’une fois de vieilles femmes faire le signe de croix avant de monter dans les dits bus, preuve que l’on n’est jamais trop prudent. Spectacle étonnant aussi que celui de jeunes femmes à la tenue courte se signant en passant devant une église…
L’église, c’est-à-dire l’église catholique est aujourd’hui confrontée à un grand défi : la concurrence de plus en plus forte exercée par les églises évangélistes. Ce phénomène, particulièrement marqué en Amérique centrale mais aussi présent en Bolivie, se traduit par la floraison de ces églises : l’église des adventistes du 7ème jour,  l’église du Christ des derniers jours … 
Pour contrer cette concurrence sur le terrain, l’église catholique a notamment décidé de mener un travail dans la rue. Elle distribue par exemple à ses fidèles des autocollants à coller sur la porte de leur maison. Sur l’une de ces affichettes, l’on peut voir un prêtre faisant un grand geste de la main, avec le discours suivant « Stop, ce lieu est catholique. Ici nous n’acceptons pas la propagande des protestants ou des autres sectes », histoire de contrer le démarchage actif entrepris par les évangélistes. Sur les îles flottantes du lac Titicaca, à la frontière entre le Pérou et la Bolivie, les églises évangélistes ont payé à leurs fidèles les seules constructions solides de la région… En nous baladant dans les rues de Quetzaltenango, la deuxième ville du Guatemala, nous surprenons quelques fidèles en pleine prière dans un local aménagé en église pentecôtiste. Quelle ne fut pas notre surprise lorsque nous avons vu que le sermon était délivré par écran interposé… La vidéo et les DVD  ont ici remplacé les pasteurs et permettent donc à toute église de bénéficier de son officiant. La voie de la persuasion peut donc prendre plusieurs chemins.8EFA84C3-F106-447C-8B4E-7240E28D84F2.html49A41E67-B155-49B3-9E9D-ED7900D01A61.htmlshapeimage_2_link_0shapeimage_2_link_1
Les évangélistes exercent aussi leur concurrence sur le terrain politique. Alors que l’église catholique a longtemps exercé, et continue d’exercer un rôle politique central, les évangélistes se font élire dans différents pays… ou prennent le pouvoir de force comme le dictateur Rios Montt au Guatemala au début des années 1980 . Sur un étalage de livres dans la vielle ville d’Antigua, nous avons vu un ouvrage faisant l’apologie du dictateur et dont la préface était signé par Pat Robertson, le célèbre téléévangeliste nord américain.
L’influence de la religion sur l’évolution de ces pays est plus difficile à évaluer, notamment lors des périodes troubles des années 1970 – 1990 où nombre de pays d’Amérique latine ont basculé dans la dictature. On ne peut oublier la photographie montrant le pape Jean-Paul II venir saluer la foule au balcon du palais présidentiel de la Moneda, en compagnie du général Pinochet, partisan d’un anti-communisme farouche et meurtrier. Mais durant ces mêmes années, au Chili, les organisations catholiques clandestines enregistrent chaque disparition, chaque cas de torture. Ce travail permettra par la suite d’ouvrir nombre de procès contre le régime dictatorial. Au Guatemala, l’église catholique sera appelée comme médiateur entre l’armée et les guérillas lors de la préparation des accords de paix au milieu des années 1990. 673BAAF2-7C6B-4159-B454-AAC91A9CCBA8.html3F987C9D-FADB-4E1C-A189-8E90EB293164.htmlshapeimage_3_link_0shapeimage_3_link_1
C’est aussi en Amérique latine que verra le jour le mouvement de la théologie de la libération, mouvement catholique plus proche des opprimés du continent et dont l’un des représentants, l’archevêque Oscar Romero a été assassiné dans la cathédrale de San Salvador en 1980 par les militaires au pouvoir… Jugé trop proche des idéaux socialistes et communistes, le mouvement de la théologie de la libération était assez mal vu par l’église de Rome, en particulier par le mouvement conservateur de l’Opus Dei qui a pris une place de plus en plus importante au cours du pontificat de Jean-Paul II. La théologie de la libération sera d’ailleurs condamnée à deux reprises par la Congrégation pour la doctrine de la foi, alors dirigée par le cardinal Joseph Ratzinger, mieux connu de nos jours sous son nom de pape, Benoît XVI.
 
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Prochain article : les routes de la drogue...
Sur les hauteurs de Copacabana, Bolivie
“Eteignez  votre portable, vous n’en avez pas besoin pour parler avec Dieu” - Quito, Equateur
Eglise adventiste du 7ème jour
Colonia, Uruguay
Au milieu du Sud Lipez, Bolivie
“Ce lieu est catholique, nous n’acceptons pas la propagande protestante ni celle d’autres sectes. Vive le Christ Roi, vive la Vierge marie” - Cachi, nord de l’Argentine